
Après une mission exploratoire menée en mars 2026 au Liban, le Dr Pierre Catoire, coordinateur médical et chef de mission pour Mehad, dresse un état des lieux alarmant de la situation humanitaire et sanitaire. Entre déplacements massifs, système de santé fragilisé et besoins croissants, il revient sur les priorités et la réponse que l’ONG peut apporter.
Quelle est à l’heure actuelle la situation humanitaire sur place ?
La situation est extrêmement préoccupante. Depuis la rupture du cessez-le-feu début mars 2026, le pays connaît une reprise brutale des combats, avec des frappes aériennes intenses et des opérations au sol. Le bilan s’élève (au moment de la publication de cet entretien) à 1318 morts et 3935 blessés. Cela a provoqué également des déplacements massifs : près de 1,05 million de personnes sont aujourd’hui déplacées, soit près d’un Libanais sur cinq.
Les infrastructures civiles sont durement touchées. Au moins cinq hôpitaux ont été endommagés et ont dû ont fermer, et des dizaines de centres de santé primaires ne fonctionnent plus ou partiellement . L’accès aux zones les plus affectées, notamment dans le sud, reste quasi-impossible, notamment pour l’aide humanitaire. Dans ce contexte, l’ensemble du système de santé, déjà fragilisé par des crises successives, est aujourd’hui sous très forte pression.
Quels sont les besoins prioritaires identifiés en matière de santé ?
Les besoins sont à la fois massifs et complexes. D’abord, la prise en charge des blessés est une priorité : les structures de santé font face à un afflux de patients traumatisés, alors même que leurs capacités sont réduites .
La santé maternelle et néonatale constitue également un enjeu critique. On estime le nombre de femmes enceintes actuellement à plus de 12 000. Avec la fermeture de structures de santé, le risque d’accouchements sans assistance médicale augmente fortement .
Par ailleurs, les maladies chroniques représentent un défi majeur. Elles sont la première cause de mortalité au Liban hors contexte de conflit, mais l’accès aux traitements est aujourd’hui gravement compromis. Le prix des médicaments a explosé — jusqu’à +1100 % en dix ans — rendant les soins inaccessibles pour une grande partie de la population .
La santé mentale est un autre besoin critique. Les populations déplacées subissent un stress intense, aggravé par l’accumulation des crises depuis 2019. Les services existants sont insuffisants et difficilement accessibles dans les zones les plus touchées .
Il faut également souligner les besoins en échographie d’urgence pour permettre de venir en aide rapidement aux blessés.
Enfin, certaines populations sont particulièrement vulnérables, notamment les réfugiés syriens et palestiniens, les personnes âgées ou en situation de handicap, qui rencontrent de fortes barrières économiques et administratives pour accéder aux soins.

Quelle réponse peut apporter Mehad ?
L’ONG peut intervenir de manière ciblée pour répondre à ces besoins urgents. Sur place, Mehad a soutenu des ONG locales pour la distribution, en urgence, de médicaments essentiels, destinés principalement à des patients souffrant de pathologies chroniques, situés dans des zones isolées de la région de Nabatieh.
L’objectif est ensuite de rétablir un accès aux soins de santé primaires, en renforçant les centres existants et en déployant des unités mobiles pour atteindre les populations déplacées, y compris hors des structures d’accueil .
L’ONG prévoit également de soutenir les hôpitaux dans les zones les plus affectées, notamment en appuyant les équipes médicales pour la prise en charge des traumatismes. Des formations spécifiques pourront être mises en place, notamment en médecine d’urgence, en santé maternelle et en techniques diagnostiques adaptées aux contextes de crise, comme l’échographie d’urgence.
Par ailleurs, Mehad souhaite intégrer des actions en santé mentale et en soutien psychosocial, encore insuffisamment couvertes, ainsi qu’un accompagnement des patients atteints de maladies chroniques, en facilitant l’accès aux traitements essentiels. Une attention particulière sera portée aux populations les plus vulnérables, afin de réduire les inégalités d’accès aux soins.
Face à une crise humanitaire qui s’aggrave rapidement, les besoins sont immenses et les réponses encore insuffisantes. Pour intervenir efficacement au Liban et soutenir les populations les plus vulnérables, Mehad a besoin de votre mobilisation. Vos dons sont essentiels pour permettre le déploiement des équipes sur le terrain et garantir un accès aux soins à ceux qui en ont le plus besoin :

