Paris, le 1er décembre 2025
Un an après la chute du régime Assad en Syrie, la situation du système de santé syrien demeure extrêmement précaire : infrastructures non-fonctionnelles ou qui manquent d’équipements vitaux, pénurie de médicaments, difficultés d’accès aux soins…. Dans ce contexte, face à des besoins humanitaires qui restent immenses, la réponse des financeurs internationaux est nettement insuffisante. L’ONG Mehad dénonce ce sous-financement et alerte sur le risque d’effondrement global du système de soins.
A l’approche de la date du 8 décembre, qui marquera le premier anniversaire de la chute du régime de Bachar Al-Assad en Syrie, l’ONG de santé et de solidarité internationale Mehad, fondée originellement par des médecins issus de la diaspora syrienne en réponse au démarrage de la guerre en Syrie en 2011, alerte sur l’état des lieux inquiétant du système de soins et des infrastructures de santé du pays, ainsi que sur l’attentisme et la réponse insuffisante des bailleurs internationaux, face aux besoins humanitaires encore immenses dans le pays.
Selon le ministère de la Santé syrien, sur l’ensemble du pays, 30 % des hôpitaux ne sont pas fonctionnels ou seulement partiellement. De plus, de nombreux centres en activité manquent d’équipements essentiels, tels que des appareils d’anesthésie, des moniteurs et des équipements de radiologie. « Nous faisons également face à des pénuries critiques de médicaments contre le cancer (80 % des patients n’ont pas accès à un traitement), de médicaments pour les maladies chroniques et de traitements d’immunothérapie », indique Osamah AlHoussin, directeur adjoint au Centre des opérations d’urgence de santé publique du ministère de la Santé syrien. « Le ministère travaille depuis début 2025 à une phase de reconstruction, de rénovation et d’équipement des hôpitaux et centres de santé, ainsi qu’à l’amélioration de la couverture sanitaire. Mais, malgré nos efforts considérables et le soutien de nos partenaires, l’ampleur des dommages accumulés demeure importante. »
Seuls 20 % des besoins de santé financés
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 7,4 millions de Syriens ont déjà vu leur accès aux médicaments et aux traitements se réduire ces derniers mois. « La situation sur place est catastrophique », déplore ainsi Ziad Alissa, président co-fondateur de Mehad et médecin anesthésiste-réanimateur. « Les Syriens qui retournent dans leur ville ou village d’origine ne retrouvent souvent que des ruines. Quand les hôpitaux sont encore en service, ils manquent de personnel, de matériel et consommables, et font face notamment à de très fréquentes coupures d’électricité ».
Face à ces besoins humanitaires qui restent immenses pour la santé en Syrie, la réponse des financeurs internationaux est nettement insuffisante. Ainsi, l’OMS relevait en octobre que seuls 20 % des besoins du cluster santé, évalués à 565 millions de dollars, avaient été reçus pour 2025. « Les besoins vont rester très importants au moins durant plusieurs années », indique Mego Terzian, directeur général de Mehad et ancien président de MSF France. « Mais le manque de financement, considérablement aggravé par l’arrêt brutal du financement d’USAID, l’agence de développement américaine, se faisait déjà ressentir du côté des états européens depuis au moins deux ans. »
Depuis le début de l’année 2025, Mehad a ainsi dû fermer 3 centres de dialyse situés côté nord-est, les seuls encore opérationnels pour toute la région, 4 autres de ces centres ayant déjà dû cesser leur activité les mois précédents faute de financement. C’est le cas également de 4 centres mères-enfants au nord-ouest (services de santé sexuelle et reproductive, maternité, pédiatrie, nutrition, protection), et 5 centres de soins primaires. « Le budget de notre mission Syrie, qui était de 13 millions d’euros en 2023, est passé à 9 millions en 2024, et à peine 5 millions d’euros pour 2025 » souligne Mego Terzian. « Le système de santé syrien, sans soutien massif et rapide, risque un effondrement global.»

