Paris, le 06 mai 2025
A la veille du déplacement du président syrien Ahmed-al-Charaa à Paris, l’ONG Mehad, l’une des principales ONG de santé présentes en Syrie depuis le démarrage de la guerre en 2011, alerte sur l’aggravation de la crise humanitaire depuis la chute du régime et les baisses massives de financement de l’aide internationale, et en appelle à une réponse forte de la part de l’Etat français.
La venue du président syrien à Paris, qui a choisi la France pour son premier déplacement dans l’Union Européenne, est l’occasion de rappeler à quel point le besoin de financement de l’aide humanitaire en Syrie est urgent, et plus spécifiquement encore pour le secteur de la santé.
La chute du régime de Bachar-al-Assad le 8 décembre 2024 a révélé des besoins humanitaires sans précédent en Syrie, dans un contexte encore hautement volatil et violent. Selon les derniers chiffres de l’OMS, en date du 4 mai dernier, 16,7 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire urgente en Syrie, dont 14,9 millions nécessitant des soins de santé.
A l’heure actuelle, « plus de la moitié des hôpitaux du pays ne fonctionnent plus en raison du conflit » indique l’OMS, alors que seuls 37 % des centres de santé primaire du pays fonctionnent normalement.
L’état du système de santé, déjà déplorable, a encore été aggravé suite au gel des financements USAID. Ainsi, à l’heure actuelle, 280 hôpitaux et autres structures de santé, soit 16 % des infrastructures du pays, ont fermé leurs portes ou drastiquement réduit leur activité suite à l’arrêt des financements américains. (source OMS, chiffres publiés le 1 er mai 2025)
« Nos centres mères-enfants situés au nord-ouest de la Syrie sont menacés de fermeture à très court terme », déplore Mego Terzian, directeur général de l’ONG de santé Mehad. « Ces centres, lieux essentiels pour les femmes et jeunes enfants de la région, accueillent chaque année plus de 27 000 patients. Où vont aller ces mères et ces nourrissons ? »
De même, suite à la fermeture récentes de nombreuses structures, les trois centres de dialyse de Mehad encore en activité au nord-est de la Syrie sont désormais les seuls opérationnels pour toute la région, sans être en mesure de répondre aux besoins de l’ensemble de la population ayant besoin de ces services. Ces centres sont eux-mêmes menacés de fermeture sans nouvelle source de financement d’ici le mois de juillet. « Quatre autres de nos centres de dialyse ont déjà fermé leurs portes ces derniers mois faute de renouvellement de financement » souligne Mego Terzian, qui rappelle que « sans dialyse, l’espérance de vie d’un patient atteint d’insuffisance rénale aigue est de dix jours ».
Dans ce contexte de crise des financements de l’aide humanitaire, l’ONG Mehad en appelle à une réponse forte et urgente de l’Etat français. L’Élysée annonce que ce déplacement est la « démonstration de l’engagement historique de la France envers le peuple syrien » et indique également que le président français « redira le soutien de la France à la construction d’une nouvelle Syrie, une Syrie libre, stable, souveraine et respectueuse de toutes les composantes de la société syrienne ».
« Cet engagement fort d’Emmanuel Macron doit aujourd’hui se concrétiser, non seulement par le maintien de l’enveloppe budgétaire promise pour l’aide humanitaire en Syrie, mais aussi par son décaissement rapide » souligne Mego Terzian, « ou alors, nous courons vers une catastrophe humanitaire et sanitaire dans le pays ».

