Tribune : Sur les fronts quoi qu’il en coûte !

10 avril 2020

Publié dans le Libération le 9 avril 2020 – Appel pour le déploiement de matériel médical pour les soignants à Idleb pour lutter contre le Covid-19. L’article est à lire : ici

Nous sommes médecins, réanimateurs, humanitaires, et depuis deux semaines, nous sommes mobilisés sur les fronts. En France, d’abord, où nous sommes en première ligne auprès des patients atteints du Covid-19 à l’hôpital, dans les services de réanimation et de soins d’urgence. Et auprès des plus vulnérables, comme les sans-abris, ou encore les réfugiés des camps de Calais. 

Au moment où nous écrivons ces lignes, notre pays connaît des heures sombres, avec des morts du Covid-19 de plus en plus nombreux, un personnel médical épuisé, des conditions de travail difficiles. Ce que nous voyons aujourd’hui, ce que nous entendons, résonnent de façon particulière : 

“Les médecins risquent leur vie pour sauver celles des autres. (…)L’hôpital est devenu un lieu dangereux. (…) Nous n’avons pas les moyens de sauver tout le monde ! (…) Nous devons faire le tri parmi  les malades. (…) Nous manquons de médicaments et de consommables à l’hôpital.” 

Ces mots, ces alertes, nous les connaissions déjà en réalité. . Depuis 9 ans, nous les avons entendus, et les entendons encore de nos collègues en Syrie. À Alep, à la Ghouta orientale, à Idleb, ils criaient à l’aide. Hôpitaux bombardés, soignants tués, système médical détruit, la Syrie est devenue un chaos humanitaire. 

Quoi qu’il en coûte ! 

Aujourd’hui, en France, face aux soignants mourant tels des martyrs du Covid-19, les masques et les lits de réanimation manquant cruellement, peut-être comprendrons-nous, enfin, leur désespoir. Leur appel est en réalité le nôtre, sauver des vies quoi qu’il en coûte. 

Les forces vives de la nation française se sont engagées, soudées telles un seul corps, pour vaincre le Covid-19. Nous continuerons, oui, quoi qu’il en coûte, soyez en sûrs !

En Syrie, qui va répondre à l’appel des civils entassés dans des camps sans eau, sans chauffage, où le confinement est impossible, où les règles d’hygiène de base sont un luxe ? La propagation du Covid-19 serait une véritable crise dans la crise, un scénario catastrophe tant redouté.

Le pic épidémique devrait se faire sentir d’ici environ 2 semaines. Le système de santé est sinistré et peu équipé. Il n’y a que 201 lits de soins intensifs et 95 respirateurs disponibles dans tout le Nord-Ouest syrien. Hors soins intensifs, on comptabilise un lit médicalisé pour 1 363 habitants. Beaucoup moins que toutes les normes internationales, et moins que les normes humanitaires. 600 médecins seulement sont présents dans la région pour 4,2 millions de personnes. Soit, 1,4 médecins pour 10 000 habitants. Ils opèrent 500 000 actes médicaux gratuits par mois. 

Quoi qu’il en coûte ! 

Depuis plusieurs jours, la France a mis en place un pont aérien avec la Chine pour l’achat de millions de masques et d’appareils respiratoires. Un déploiement d’envergure internationale qui est à la hauteur des enjeux de cette pandémie mondiale.  Aux grands maux, les grands remèdes, quoi qu’il en coûte !

Ainsi, nous lançons cet appel à l’Etat français, à l’Europe, aux entreprises, aux fournisseurs de matériel médical, aux leaders industriels et à toutes les bonnes volontés, aidez-nous à ne pas détourner le regard, aidez-nous à déployer cet élan de solidarité jusqu’en Syrie, aidez-nous à acheminer le matériel médical le plus essentiel pour endiguer cette épidémie. 

Face à cette pandémie mondiale, engageons-nous pour une réelle solidarité internationale. Les besoins à Idleb sont immenses : masques, surblouses, gants, kits d’hygiène (savon, gel hydro-alcoolique), appareils d’oxygénation, appareils respiratoires, appareils respiratoires, appareils à gaz du sang automatisé, des kits diagnostics pour le Covid-19, médicaments d’urgence…

Les signataires de la tribune sont des soignants et humanitaires de Médecins du Monde et l’UOSSM engagés dans le nord de la Syrie :

• Dr Ziad Alissa, président de l’UOSSM, anesthésiste-réanimateur au service de réanimation de l’hôpital de Clermont-de-l’Oise

• Dr Philippe de Botton, président de Médecin du Monde France, endocrinologue et diabétologue

• Pr Raphaël Pitti, responsable formation de l’UOSSM, anesthésiste-réanimateur au service de réanimation de l’hôpital de Thionville.

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