A la veille de la Conférence internationale pour la Syrie prévue à l’Elysée ce jeudi 13 février, l’ONG Mehad, l’une des principales ONG de santé présentes en Syrie depuis le démarrage de la guerre, alerte sur l’aggravation de la crise humanitaire depuis la chute du régime, et sur le risque de fermeture de nombreux centres de santé, faute de financement.
La chute historique de l’ancien gouvernement le 8 décembre 2024 a révélé des besoins humanitaires sans précédent en Syrie, dans un contexte encore hautement volatil et violent.
16,5 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire urgente, après près de 14 ans de conflit. Depuis le 8 décembre, on compte 652 000 déplacés internes supplémentaires dans le pays, qui en comptait déjà 7 millions.
Outre le climat de violence persistant, les nombreuses mines non explosées font elles aussi toujours des victimes, dont au moins 116 enfants tués ou blessés rien qu’en décembre 2024.
Les populations vulnérables (notamment les enfants et les femmes) ont un besoin urgent d’assistance, confrontées à des difficultés majeures pour accéder aux services de base, y compris les soins de santé.
Parmi les principaux défis humanitaires figure notamment l’effondrement du système de santé. D’après le nouveau ministre de la Santé syrien, sur les 1777 centres de santé en Syrie, seuls 16,4 % sont actuellement fonctionnels et la plupart seulement de manière partielle à très partielle.
Le secteur reste extrêmement fragile en raison du manque de financement. Récemment, le gel de l’aide américaine a été un coup fatal, s’ajoutant à la destruction des infrastructures dans de nombreuses régions.
45 % des centres de santé menacés de fermeture imminente
« A titre d’exemple, sur les 391 établissements de santé recensés dans la région d’Idleb et Alep-Nord, 167 sont menacés de fermeture imminente faute de financement à compter de fin mars, soit 45 % des centres » souligne le Dr Mego Terzian, médecin humanitaire et directeur général de l’ONG Mehad, qui gère une quarantaine de centres de santé en Syrie. « Près de la moitié des 60 centres d’urgence obstétricale et néonatale risquent de fermer d’ici trois mois, mettant en péril la vie des mères enceintes et des nouveau-nés ».
Sans compter des sévères pénuries alimentaires, affectant essentiellement les grandes villes telles que Deir ez-Zor, Alep et Damas, et des problématiques aigües d’accès à l’énergie (à Homs et Hama par exemple, l’électricité est disponible seulement 45 à 60 minutes toutes les 8 heures) qui multiplient les décès évitables. « J’ai vu des nourrissons décéder du fait d’une couveuse non alimentée » dénonce Ziad Alissa, le président de l’ONG Mehad, qui s’est rendu récemment en Syrie, et qui vient de publier une lettre ouverte demandant une action urgente pour la Syrie.
Sans un financement substantiel de l’aide humanitaire, à la hauteur des besoins et de l’urgence, « c’est une catastrophe sanitaire et humanitaire qui se joue », alerte Mego Terzian, qui, au nom de l’ONG Mehad et des autres ONG œuvrant en Syrie, exhorte les financeurs institutionnels à apporter une réponse urgente à la crise humanitaire syrienne.

